Factures d’eau : vent de révolte chez les abonnés du Nord-Atlantique

Face au mur des facturations, le Nord-Atlantique s’organise. Ce jeudi 12 février 2026, le siège de l’EPCI Cap Nord Martinique, au Marigot, a été le théâtre d’un bras de fer de plus de douze heures entre les usagers et leurs décideurs. Dès l’aube, le collectif « Dlo li no » a investi les lieux pour dénoncer une dérive tarifaire jugée insupportable. Entre des factures individuelles atteignant 6 000 € et une fiscalité locale en plein envol, c’est une véritable rupture du contrat social entre le délégataire SAUR, la puissance publique et les citoyens qui s’est exprimée dans la rue.

Des montants jugés « farfelus » : le cri d’alarme des usagers

Woman experiencing stress while reviewing household expenses at home.

La détresse n’est plus seulement financière, elle est humaine. Sur le parvis de Cap Nord, les témoignages recueillis ce matin dépeignent une situation de précarité hydrique alarmante. Des personnes âgées, certaines en pleurs, sont venues présenter des relevés oscillant entre 1 500 € et 6 000 €. Pour ces foyers, l’incompréhension domine face à des sommes qualifiées de « farfelues » qui ne correspondent à aucune réalité de consommation domestique.

Pour le collectif « Dlo li no », ces chiffres ne sont pas des anomalies statistiques, mais le symptôme d’un dysfonctionnement systémique de la gestion de l’eau dans le Nord. L’impossibilité d’honorer de telles créances place de nombreuses familles dans une impasse budgétaire totale, transformant un service public essentiel en un fardeau insurmontable.

Un tableau pour comprendre les griefs des abonnés

L’analyse des doléances portées par le collectif révèle trois points de friction majeurs :

Poste de dépense / GriefDonnées et constats relevés
Montant des facturesFacturations aberrantes comprises entre 1 500 € et 6 000 €.
Taxe d’assainissementAugmentation brutale et exponentielle de 60 %.
Gestion des litigesStratégie du « cas par cas » jugée dilatoire et insuffisante.
Paradoxe territorialCoût élevé malgré une ressource puisée localement dans le Nord.

Fiscalité et assainissement : une hausse de 60 % qui ne passe pas

Au cœur de la contestation, un levier fiscal précis cristallise la colère : la taxe d’assainissement. Avec une hausse de 60 %, cette charge grève de manière exponentielle le reste à vivre des abonnés. Les manifestants pointent du doigt une injustice géographique flagrante : alors que le Nord-Atlantique constitue le principal réservoir naturel de l’île, ses habitants estiment être les premiers pénalisés par une politique tarifaire déconnectée de la réalité du terrain. « L’eau sort chez nous », rappellent avec force les membres du collectif, dénonçant un modèle où la proximité de la ressource n’offre aucun avantage économique aux administrés.

Négociations à huis clos : une première étape vers le dialogue

Two business professionals engaging in a handshake agreement in a modern office environment with documents present.

Après une journée de tension continue, une délégation a enfin pu franchir les portes du siège de l’EPCI. Les débats, décrits comme très houleux par les participants, ont réuni Bruno Nestor Azerot, président de Cap Nord, les cadres de la SAUR et les représentants du collectif.

La position du collectif “Dlo li no”

Viviane Tonly, porte-parole du mouvement, porte une parole sans concession. Si elle salue le fait d’être enfin reçue par les élus — une première depuis le début des manifestations — elle refuse la stratégie de dilution proposée par les institutions. « On a beaucoup parlé des factures exorbitantes, mais pour l’instant, on est dans des discussions au cas par cas. Pour nous, ce n’est pas forcément la meilleure méthode », a-t-elle martelé. Le collectif exige une remise à plat globale du système de facturation, estimant que les erreurs de relevés ou de calcul concernent la totalité des abonnés et non quelques situations isolées.

La réponse de Cap Nord et de la SAUR

La présence physique de Bruno Nestor Azerot et de ses élus à la table des négociations marque un tournant politique. Jusqu’ici murés dans une forme de silence administratif, les responsables de Cap Nord ont dû faire face à la réalité technique des dossiers présentés. Si la SAUR tente de maintenir une approche individualisée des dossiers, la pression collective exercée ce jeudi oblige désormais l’EPCI à envisager des solutions structurelles pour apaiser un climat social devenu inflammable.

Vers une sortie de crise pour le Nord-Atlantique ?

À 20h11, alors que les derniers manifestants quittaient les abords du siège, l’issue du conflit restait suspendue aux prochaines annonces techniques du délégataire. La mobilisation du 12 février a prouvé que les abonnés ne se contenteront plus de simples délais de paiement ou de remises partielles. La question de la pérennité du modèle de gestion de l’eau et de l’assainissement dans le Nord-Atlantique est désormais posée. La balle est dans le camp de Cap Nord : transformer ce dialogue houleux en une réforme tarifaire concrète, ou risquer de voir la révolte de l’eau se durcir durablement.

Source France info : https://la1ere.franceinfo.fr/martinique/la-colere-des-abonnes-de-la-saur-face-a-des-factures-d-eau-exorbitantes-1671117.html

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